Le coin lecture

“Le temps de lire est toujours du temps volé” - Daniel Pennac

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Emile Zola - Nana

Résumé :

Nana brille au théâtre des Variétés dans le rôle de Vénus, devenant ainsi la coqueluche de tout Paris. Ce n’est pas tant ses talents de comédienne qui font son succès que sa beauté envoûtante. Tous les hommes n’ont d’yeux que pour elle et c’est ainsi qu’elle va user de ses charmes pour accéder à une situation enviée, jalousée de tous. Son ascension fulgurante est contrebalancée par son désir de richesses toujours plus grand, qu’elle dévore au fur et à mesure qu’elle les entasse, comme les hommes qui sont ses victimes, et qu’elle abandonne une fois qu’elle les a dépouillés de tous leurs biens.

Extrait :

” Tu n’as pas lu l’article du Figaro ?… Le journal est sur la table. ”
Le rire de Daguenet lui revenait à la mémoire, elle était travaillée d’un doute. Si ce Fauchery l’avait débinée, elle se vengerait.
” On prétend qu’il s’agit de moi, là-dedans, reprit-elle en affectant un air d’indifférence. Hein ? chéri, quelle est ton idée ? ”

Et, lâchant la chemise, attendant que Muffat eût fini sa lecture, elle resta nue. Muffat lisait lentement. La chronique de Fauchery, intitulée la Mouche d’Or, était l’histoire d’une fille, née de quatre ou cinq générations d’ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson, qui se transformait chez elle en un détraquement nerveux de son sexe de femme. Elle avait poussé dans un faubourg, sur le pavé parisien; et, grande, belle, de chair superbe ainsi qu’une plante de plein fumier, elle vengeait les gueux et les abandonnés dont elle était le produit. Avec elle, la pourriture qu’on laissait fermenter dans le peuple remontait et pourrissait l’aristocratie. Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme des femmes, chaque mois, font tourner le lait.

Avis :

Zola est un auteur aussi talentueux que fascinant. Sa plume qui ne s’embarrasse pas de nuances peint un tableau très vivant du Second Empire. Vivant mais pas pour autant réaliste puisque Zola a à cœur de mettre à jour tous les vices caractérisant une société corrompue et décadente. Ainsi, Nana est la “mouche d’or”, qui perd peu à peu toute vraisemblance pour devenir une mangeuse d’hommes, presque au sens littéral. Le livre est à cet égard révélateur des mentalités de l’époque, et Zola se fait moraliste à l’excès, accumulant les traits stéréotypiques de son personnage et conférant ainsi à Nana une aura mythique et destructrice qui fait souvent prêter à sourire, comme dans cette phrase par exemple : « dans une gloire, son sexe montait et rayonnait sur ses victimes étendues, pareil à un soleil levant qui éclaire un champ de carnage ». C’est un livre dont les outrances font parfois franchement rire mais qui est tout à fait saisissant avec un je ne sais quoi de grandeur tragique, ce qui forme un mélange détonnant mais qui lui confère un relief très intéressant. Je pense quand même qu’il est éclairant pour un lecteur de se renseigner quelque peu sur le contexte avant de le lire car sinon, le propos peut surprendre et la galerie impressionnante de personnages (le premier chapitre est à cet égard un peu rebutant) risque de décourager ; alors que c’est une lecture qui en vaut la peine.

Note :
Emile Zola (1840-1902) - Français
492 pages - 1880 - ISBN : 978-2-0704-2357-6

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Arnaud Cathrine - Faits d’hiver

Résumé :

En Allemagne, deux jeunes se retrouvent face à la solitude. Il y a d’abord Jakob dont la mère n’est pas rentrée de son travail et n’a pas donné de nouvelles. Et puis il y a Anna, qui revient à Berlin après avoir passé un an à Paris pour savoir si elle aimait toujours son compagnon mais à son retour, elle apprend que celui-ci n’est plus là. Jakob et Anna, chacun dans leur coin vont tenter de dissimuler aux autres leurs problèmes..

Extrait :

Elle termine son service à dix-huit heures. Le Bierhimmel est à cinq minutes à pied. En l’attendant, je mets le couvert. Je connais les plats qu’elle a l’habitude de préparer. Je dispose les ingrédients à son intention à côté de la gazinière.
Ce soir, j’ai choisi le poulet tandoori. C’est son patron qui lui a donné la recette. Il est turc, comme pas mal de monde à Kreutzberg.

J’ai fait couler un bain et je suis allé me déshabiller dans le vestibule. Mes chaussettes étaient glacées et le bas de mon jean boueux. J’ai tout mis au sale. J’ai traversé le couloir en me dépêchant et je me suis plongé dans l’eau brûlante.
J’ai fermé les yeux. Lorsque je les rouvrirais, elle se tiendrait près de la baignoire, une serviette tendue vers moi. Je sentirais l’odeur du repas. Je me sécherais rapidement après avoir grogné parce que je n’aime pas qu’elle me surprenne à poil dans le bain. Je m’installerais à table, les cheveux mouillés en travers du visage. On mangerait en silence. A un moment, j’intercepterais son sourire  de ceux qu’elle parvient encore à dénicher au bout de la fatigue et qu’elle n’adresse qu’à moi.

Sauf que, ce soir, maman n’est pas rentrée.

Avis :

Après avoir lu la plupart des romans d’Arnaud Cathrine, “Faits d’hiver” est le premier de ses livres jeunesse que je découvre. Je ne lis quasiment jamais ce genre de livres et c’est donc par pur intérêt pour l’auteur que je me suis lancé dans cette lecture.
“Faits d’hiver” est un livre plutôt pour adolescent. L’histoire est assez dure et triste mais très touchante. Par rapport aux romans de Cathrine, ce livre est certes d’un style un peu plus simple et accessible mais l’histoire n’en est pas moins travaillée pour autant. Les pensées des personnages sont suffisamment détaillées pour nous donner une bonne vision de leurs sentiments et de leurs tourments. Difficile de ne pas être pris de sympathie pour ces deux jeunes, Jakob et Anna, qui doivent tous deux faire face à la solitude.
La signature d’Arnaud Cathrine est aussi visible dans le sens où l’histoire est menée à deux voix : elle se construit en alternant entre les paroles de Jakob et celles d’Anna. Cathrine semble être un spécialiste du genre puisque plusieurs de ses romans sont construits de la même façon.
Je suis donc une nouvelle fois charmé par cet écrivain. J’ai deux autre livres jeunesse de Cathrine qui m’attendent dans ma bibliothèque, je risque donc de vous en reparler très bientôt !

Note :

Arnaud Cathrine (1973) - Français
111 pages - 2004 - ISBN : 2-211-071-77-5

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Mark Tungate - Le monde de la Pub

Résumé :

Mark Tungate est un anglais, chroniqueur chez Stratégies mais aussi spécialiste en marketing. Dans son livre “Le monde de la Pub” (Dunod, 2009), il retrace l’histoire de la publicité des pionniers de la réclame dans les années 1850, jusqu’à nos jours avec l’arrivée du numérique.

Extrait :

En 1968, Abbott décrit sa méthode dans un petit essai. “Commençons par le commencement : abcdefghijklmnopqrstuvwxyz - et voilà : vous vous trouvez devant la boîte à outil du rédacteur. Avec ces vingt-six petits signes sur le papier, nous devons persuader les gens d’acheter les produits, les idées et les services de nos clients. Si nous les mélangeons d’une certaine façon, nous vendrons avec le sourire. Dans un arrangement différent, nous serons provocants. Encore un autre et nous serons alors sympathiques. C’est plus fort que le Scrabble. Et nous sommes payés pour cela.”

Avis :

Un peu à l’image de tous les challenges qui fleurissent sur la blogosphère littéraire, je m’en suis fixé un personnel : lire des livres orientés vie d’entreprise. Vous devriez donc voir régulièrement ici, en marge des romans, des livres axés gestion / communication / économie… tout simplement parce que c’est mon domaine d’étude et qu’il est toujours bon en gestion de lire ce genre de choses.
J’ai donc commencé par “Le monde de la Pub“, secteur qui nous entoure mais que je connaissais finalement assez peu. Mark Tungate a fait ici un joli travail : raconter de façon romancée l’histoire de la publicité, des agences, des grands créatifs et des bouleversements qu’a connu ce métier. Le livre a le mérite d’être très intéressant et facilement lisible bien qu’assez dense. Ce qui revient toujours et peu importe l’époque ou le média, c’est cette recherche de l’Idée, celle qui va réussir à faire une bonne campagne et ainsi faire le succès d’une agence.
Le livre est aussi truffé de petites anecdotes, à l’image de l’incendie de Publicis sur les Champs-Elysées dans les années 70, où un jeune informaticien pensera à sauver les informations cruciales de l’entreprise ce qui lui permettra de devenir quelques années plus tard le patron de la boite.
Je pense que c’est un livre très accessible et qui a surtout le mérite de nous donner une image de ce qui se passe de l’autre côté de l’écran / de la radio / des affiches et même si j’imagine que la plupart d’entre vous s’intéresse plutôt aux romans qu’aux livres de ce genre, je vous encourage malgré tout à vous plonger dans ces pages très enrichissantes !

Je parle aussi de ce livre dans la partie Blog d’Art souilleurs !

Note :

Mark Tungate (1967) - Anglais
267 pages - 2009 - ISBN : 978-2-10-053066-3

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Livre voyageur, qui en veut ?

Je vais mettre ma personnalité de côté et devenir un vil copieur, mais j’ai été séduit par l’idée du livre voyageur que j’ai repérée chez Leiloona.

Le principe est le suivant : je mets un livre à votre disposition. Ceux qui sont intéressés pour le lire me le disent en m’envoyant un mail avec leur adresse. J’envoie le livre à une première personne qui, une fois qu’elle l’aura lu, devra à son tour l’envoyer à un autre lecteur et ainsi de suite.

Pour débuter, on va commencer avec le livre de Philippe Delerm, “Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables“. J’avais beaucoup aimé ce livre mais Violaine avait eu un avis plus partagé alors ce sera l’occasion d’avoir d’autres avis.

Si vous êtes intéressé, c’est simple : vous laissez un commentaire à cet article ou bien vous m’envoyez un petit mail à l’adresse suivante (à recopier dans votre messagerie) :

Je vous tiendrai régulièrement au courant des contrées visitées par le livre. A suivre, donc !

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Tim Burton - La triste fin du petit enfant huître

Extrait :

Brindille et Allumette amoureux

Brindille aimait bien Allumette,
il l’aimait vraiment beaucoup,
il adorait sa jolie silhouette,
et il la sentait chaude comme tout.

Mais le feu de la passion peut-il être,
entre une brindille et une allumette ? Eh bien
oui, à la lettre :
il flamba comme un rien

Avis :

Qui ne connaît pas Tim Burton ? Je pense que ceux qui n’ont pas vu au moins un de ses films doivent être bien peu nombreux ! On comprend vite à travers ses films que Burton a un imaginaire très développé, qu’il invente souvent des personnages étranges, glauques voire effrayants mais toujours très attachants. Il en va de même avec ce recueil de poèmes où se déroulent au fil des pages les histoires d’enfants monstres peu gâtés par dame nature. Imaginez donc une fille avec plein d’yeux, un enfant huître, un enfant toxique ou encore un enfant momie… Mais chacun de ces personnage est très touchant car Burton nous montre avec talent la souffrance de ces petits qui doivent assumer leurs différences.
Bon point aussi pour cette édition, bilingue (toujours agréable à avoir en poésie) et très joliment illustrée avec des dessins de Tim Burton.

Sur la toile, je n’ai trouvé que des avis positifs. Sylvie n’a pas été déçue, Lael s’est régalée. Lily aussi a beaucoup aimé tout comme Neom. C’est un coup de coeur pour Lhisbei, délicieusement sombre pour Lou. Tiphanya de son côté conseille de le lire en anglais.

Note :

Tim Burton (1958) - Américain
123 pages - 1997 - ISBN : 978-2-264-04873-8

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Stig Dagerman - Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Résumé :

Stig Dagerman exprime dans ce livre son incapacité de vivre et sa recherche de consolation, malheureusement impossible à rassasier.

Extrait :

Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

Avis :

En faisant un peu de rangement dans ma bibliothèque, je suis retombé sur ce tout petit livre que j’avais lu il y a déjà 2/3 ans et qui ne m’avait pas laissé un grand souvenir. En relisant ce texte, je l’ai trouvé vraiment très beau et je m’étonne de n’y avoir pas plus accroché quelques années plus tôt.
Cherchant quelques informations sur son auteur, je ne peux m’empêcher de voir dans ce texte une sorte de testament. En effet, Stig Dagerman s’est donné la mort deux ans après avoir écrit cet essai, à l’âge de 31 ans. “Notre besoin de consolation…” est un texte rempli de désespoir, Dagerman s’interroge sur l’absurdité de son existence et montre sa quête d’une vie qui ait un sens car il ne veut pas vivre à moitié. Je ne saurais vous dire grand chose de plus sur ce petit livre tellement il m’a bluffé, je ne trouve pas mes mots. Ce n’est pas un texte très joyeux évidemment mais il est rempli de poésie et de sagesse. Je vous incite vraiment, si ce n’est pas déjà fait, à le lire d’autant plus que le texte est très facilement trouvable sur Internet vu sa petite taille et son ancienneté. Vous pouvez par exemple le lire ici.

A lire aussi l’avis de Leiloona, charmée elle aussi par ce petit livre.

Note :

Stig Dagerman (1923-1954) - Suédois
21 pages - 1952 - ISBN : 2-86869-334-2

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Difficultés d’accès au blog

Certains d’entre vous ont peut-être eu quelques difficultés pour accéder à ce site au cours des derniers jours. Il se trouve qu’Art Souilleurs est hébergé chez Free qui a l’énorme avantage d’être gratuit mais souffre parfois de bugs. Aussi, il peut arriver qu’une page d’erreur apparaisse en lieu et place de votre blog préféré (mais si mais si !).

Ces problèmes, toujours temporaires, ne durent en général que quelques minutes mais persistent parfois plusieurs heures ce qui peut être très gênant, merci d’en convenir (as-tu trouvé la référence qui se cache derrière cette phrase ?!).

J’ai commencé à me renseigner sur d’autres offres d’hébergement mais les temps sont durs et il faudra probablement attendre encore quelques mois avant une migration vers un autre serveur. En attendant, je vous remercie pour votre compréhension (tiens, on se croirait à la SNCF !) et vous souhaite, comme toujours, de bonnes lectures !

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Fedor Dostoïevski - Crime et châtiment

Résumé :

Raskolnikov est un ancien étudiant de 23 ans. Alors qu’il vit dans un état de pauvreté déplorable, il projette de tuer une femme chez qui il a mis des objets en gage afin de la voler et peut-être de commencer ainsi une nouvelle vie. Il commet son méfait dans un état second mais rien ne se passe comme il l’avait prévu. Il réussit toutefois à s’enfuir sans se faire prendre. Comment vivre dès lors qu’on a franchi une certaine limite  et que reste-t-il en l’homme d’humanité après un tel acte ?

Extrait :

-Non, non, Dieu la protégera, elle, Dieu…, répétait-elle hors d’elle-même.
-Mais peut-être n’existe-t-il pas, répondit Raskolnikov avec une sorte de triomphe cruel. Il éclata de rire et la regarda.
A ces mots un brusque changement s’opéra sur les traits de Sonia, des frissons nerveux la parcoururent. Elle lui lança un regard de reproche indicible, et voulut parler, mais aucun  mot ne sortit de ses lèvres, elle se mit brusquement à sangloter amèrement en couvrant son visage de ses mains.
-Vous dites que Katerina Ivanovna a l’esprit troublé, mais le vôtre l’est aussi, fit-il, après un moment de silence.
Cinq minutes passèrent. Il arpentait toujours la pièce, de long en large, en silence et sans la regarder. Enfin, il s’approcha d’elle, ses yeux étincelaient. Il lui mit les deux mains sur les épaules et fixa son visage tout couvert de larmes. Son regard était sec, dur et brûlant, ses lèvres tremblaient convulsivement… Tout à coup il s’inclina, se courba jusqu’à la terre et lui baisa le pied. Sonia recula pleine d’horreur comme si elle avait eu affaire à un fou. Et il avait bien l’air d’un dément, en effet.
-Que faites-vous ? Devant moi ! balbutia-t-elle en pâlissant, le cœur étreint d’une douleur affreuse.
Il se releva aussitôt.
-Ce n’est pas devant toi que je me suis prosterné, mais devant toute la douleur humaine, fit-il d’un air étrange, et il alla s’accouder à la fenêtre. Ecoute, ajouta-t-il, en revenant bientôt vers elle, j’ai dit tantôt à un insolent personnage qu’il ne valait pas ton petit doigt… et que j’ai fait un honneur à ma sœur, aujourd’hui, en l’invitant à s’asseoir près de toi.

Avis :

Un livre très troublant, dans lequel on met du temps à entrer, mais qu’on ne peut ensuite plus lâcher. Ce n’est pas mon premier Dostoïevski et j’ai toujours cette sensation avec ses livres : ce sont des lectures qui nécessitent l’implication totale du lecteur (de par leur longueur et leur densité), mais on est ensuite récompensé au centuple, puisque lire Dostoïevski, et tout particulièrement celui-ci, c’est accéder à toute la complexité de la nature humaine, jusque dans sa noirceur et dans ses zones d’ombres. A travers une galerie de personnages sur lesquels sont portés des éclairages contrastés, Dostoïevski nous donne à lire une réflexion saisissante sur l’humanité. Au-delà d’une réflexion simplette sur la morale, qui est ici largement dépassée, l’auteur semble vouloir entraîner son lecteur jusqu’au bord d’un abîme vertigineux : Raskolnikov est un personnage d’une intelligence extrême et donc les réflexions ne manquent pas d’ébranler les convictions les plus profondes. Même la fin (les deux dernières pages) paraît trop convenue pour être honnête, comme si l’auteur lui-même s’effrayait de ce qu’il touchait du doigt. Les personnages de Dostoïevski me font penser à ceux de Beckett : ils incarnent une humanité qui ressent -sans vouloir se l’avouer- sa profonde déréliction ; et c’est avec des moyens dérisoires qu’ils tentent de faire face au néant.

Note :

Fedor Dostoïevski (1821-1881) - Russe
577 pages - 1866 - ISBN : 978-2-07-039253-7

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Patrick Poumirau - Emportez-moi

Résumé :

Félicien Ramuz, traducteur et écrivain, est de passage à Londres pour remettre un manuscrit à son éditeur. Dans le métro, il est la cible d’une opération antiterroriste. C’est bien lui qui est visé, les policiers pensent qu’il cache une bombe sous son manteau. Il reçoit plusieurs balles, s’effondre dans la panique qui embrase la station et sur le chemin qui le conduit lentement à l’hôpital, il revoit les personnes qui ont compté dans sa vie.

Extrait :

- Il a souri, fit-elle encore.
- A boire… ”
C’est tojours comme ça de toute façon la vie, on est condamné à envoyer des messages qui n’arrivent pas, on ne s’est jamais autant parlé les uns aux autres, mailé, smsé, msné, des heures avec des trucs collés aux oreilles pour se dire t’es où ? qu’est-ce que tu fais ? est-ce que je te manque ? je t’aime, je pense à toi, tu es ma chose, mon chaton d’argile, je ne peux pas vivre sans toi… On ne s’est jamais aussi peu entendu.
La fille avait un petit air de Barbara, quelque chose de similaire dans le geste pour relever sa mèche le long de son sourcil. Ou bien était-ce moi qui tenais à tout prix à ce qu’elle ait cet air-là ?

Avis :

Je suis assez embêté pour vous parler de ce livre car en fait je ne sais pas vraiment quoi vous dire dessus ! Je l’ai lu quasiment d’une traite hier, mais paradoxalement je n’arrive pas à en dire grand chose. C’est une lecture agréable, le style est léger mais l’histoire manque un peu de piquant. On voit bien que l’auteur a essayé de dénoncer la peur qui a gagné l’Europe et les Etats-Unis depuis les attentats de 2001, mais c’est tout de même une approche un peu tordue pour que cet homme en arrive à nous raconter les moments marquants de sa vie. Le principal intérêt du livre réside dans son approche des derniers instants de la vie : quelles sont les personnes et le moments qui nous reviennent à l’esprit lorsque la vie nous quitte ? Jusqu’au bout (et vraiment jusqu’à la dernière page) on ne sait pas si Félicien Ramuz va mourir ou survivre et ce maintien du “suspens” est très réussi.
Pour faire bref, c’est un livre assez léger, qui se lit facilement et rapidement mais qui ne casse pas trois pattes à un canard (j’adore cette expression !… pardon). Un bon roman pour un instant de lecture agréable sans avoir à trop réfléchir !

Messaline conseille cette lecture.

Note :

Patrick Poumirau - Français
200 pages - 2009 - ISBN : 978-2-221-11354-7

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Eric Chevillard - La nébuleuse du crabe

Résumé :

Crab est un personnage hors du commun, aux réflexions et aux comportements étranges voire inattendus. Chevillard nous propose de nous raconter quelques anecdotes sur Crab “que l’on verra avec un peu de chance plier le ciel comme un drap ou se tuer par inadvertance en croyant poignarder son jumeau, puis devenir torrent pour mieux suivre sa pente. A moins évidemment qu’il ne se terre plutôt tout du long dans son antre obscur, s’agissant de Crab, on ne peut rien promettre”.

Extraits :

C’est Crab, l’inventeur de la machine à broyer du noir. Une machine formidablement ingénieuse et efficace, dont quelques semaines de pratique assurent la parfaite maîtrise. Crab a toutes les raisons de s’en montrer fier. Cependant l’Institut national de la propriété industrielle refuse de lui délivrer un brevet, considérant que son invention ne diffère en rien de la classique machine à écrire.

————————————

Ayant admis que le sexe des femmes est en réalité ce que l’on nomme abusivement depuis toujours leur oreille droite (et vice versa), ayant admis et reconnu la chose, absolument sûr de son fait, Crab en société se rince l’oeil. Il ne perd pas une miette du spectacle.

Avis :

J’ai connu Chevillard grâce à son blog, l’Autofictif dont je vous conseille vivement la lecture quotidienne et dont je vous avais déjà parlé lorsque j’avais lu le premier tome du site version papier (au passage, le second tome sort le 20 janvier, je l’attends avec impatience !). Mais le travail d’écriture de Chevillard ne s’arrête pas à ce blog, il a déjà écrit de nombreux livres et j’ai eu envie de voir ce qu’il était capable de faire au-delà de son blog.
La nébuleuse du Crabe” est un livre assez étrange, hors du commun, mais assez drôle. On reconnaît très rapidement le style de l’auteur : de petits paragraphes souvent piquants et amusants. Le portrait de Crab dressé dans ces pages est très agréable à découvrir et je peine à imaginer quelle est l’apparence de ce bonhomme si particulier. D’après le titre, je m’attendais à lire les aventures d’un crabe mais non, Crab se rapproche plutôt d’un humain farfelu aux réflexions tordues mais (paradoxalement) pas toujours dénuées de logique. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’appellation “Roman” estampillée sur le livre, à vrai dire je ne sais pas vraiment dans quelle catégorie classer ce livre qui ne ressemble pour moi à aucun autre mais qui a le mérite de changer de ce que j’ai l’habitude de lire. Il serait peut-être à rapprocher un peu des pensées de Desproges pourtant ce n’est pas spécialement un livre humoristique… Non, vraiment, ce livre est comme Crab : inclassable… S’agissant de Chevillard, on ne peut rien promettre !

Loïc qui consulte lui aussi chaque jour “L’autofictif” a plutôt bien aimé ce livre, ce qui n’est pas vraiment le cas de Lutain ni d’Alex.

Note :

Eric Chevillard (1964) - Français
124 pages - 1993 - ISBN : 2-7073-1968-6

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