Résumé :

Lili mène avec Samuel une vie en apparence sereine et bien rangée. Mais sous la façade souriante de la jeune femme, les cicatrices d’un passé resté à fleur de peau se rouvrent avec le retour dans sa vie de son premier amant.

Extrait :

Alors évidemment les deux autres croient que nous sommes ce merveilleux couple dans sa petite maison, ce merveilleux couple qui projette une vie pleine de bébés muets et roses. je ne veux mettre personne mal à l’aise donc j’acquiesce. Ben et sa petite amie (Véra je crois) se mettent à nous congratuler. je n’arrive pas à leur dire, non non attendez, mon ventre est vide pour le moment, vous savez, il ne s’agit juste que de l’enthousiasme de Samuel. C’est impossible évidemment de leur dire ça maintenant. Samuel serait ridicule et je briserais la joie de chacun. Alors oui bien sûr, je me mets à parler et à dire ma félicité, j’en rajoute un peu. Samuel me regarde légèrement étonné mais piégé lui aussi et nous sommes là tous les deux, très beaux dans nos habits blancs, baignés tous les deux dans ce crépuscule parfait, mentant tous les deux à nos amis avec de si charmants sourires qu’on ne peut pas nous en vouloir. Moi bien sûr, je suis ailleurs, je revois tous les animaux sauvages de cette nuit et le balancement de la girafe, je les vois qui se sauvent mais je continue de sourire dans ce moment pur. Samuel se lève et me tend la main pour m’aider. Nous restons un instant debout sur les marches. Je trouve cet homme merveilleux, c’est ce que je me dis tout bas, cet homme est une merveille. Je ressens une joie intense, en plein plexus, d’être là auprès de lui ; je ris pour masquer mon émotion et nous rentrons tous les quatre dans la maison pour manger autour de la table en parlant bas afin de ne pas déranger les phalènes et la nuit d’été qui transporte les voix au-delà du jardin, afin de ne pas déranger mes fantômes et la plénitude de cette soirée.

Avis :

Je suis assez perplexe à propos de ce roman : on y explore les profondeurs d’un être en perte de repères, je comprends de ce fait que le personnage de Lili conserve des zones d’opacité ; néanmoins, je n’ai pas réussi à m’identifier à cette héroïne fragile. J’ai apprécié la manière dont l’auteure nous fait découvrir progressivement le passé de Lili, la façon dont on la sent perdre pied mais je n’ai pas été tout à fait convaincue par certains de ses comportements. En tout cas, c’est un livre très troublant dont j’ai apprécié le style d’écriture. Il s’en dégage aussi une atmosphère malsaine et un mélange de fascination/répulsion à l’égard des hommes qui est un thème cher à Véronique Ovaldé. Me voilà donc bien mitigée, c’est une lecture qui peut valoir le détour si on connaît déjà l’auteur mais qui pour une découverte risque de dérouter. Je vous conseille plutôt Ce que je sais de Vera Candida ou Et mon cœur transparent qui me semblent tout aussi originaux mais peut-être plus accessibles.

Une impression générale plutôt positive pour Yoshi73, tout comme pour Inganmic qui a vu dans ce roman une friandise acide. Aurélie a été séduite pat le style sensuel et sensoriel de l’auteur alors qu’Hélène est restée hermétique au thème, au style et à l’histoire.

Note :

Véronique Ovaldé (1972) – Française
134 pages – 2003 – ISBN : 2-7427-5461-8