Résumé :

François travaille dans une librairie qui vient de fermer ses portes. Au chômage à près de quarante ans, les souvenirs reviennent, notamment celui de cette photo de Doisneau, Le Baiser de l’Hôtel de Ville. Ses parents lui ont toujours dit être ce couple photographié. Mais pourquoi avoir raconté cela ?

Extrait :

Le Baiser de l’Hôtel de Ville. Je n’aimais pas cette photo. Tout ce noir et ce blanc, ce gris flou, c’était juste les couleurs que je ne voulais pas pour la mémoire. L’amour happé au vol sur un trottoir, la jeunesse insolente sur fond de grisaille parisienne bien sûr… Mais il y avait la cigarette que le garçon tenait dans sa main gauche. Il ne l’avait pas jetée au moment du baiser. Elle semblait presque consumée pourtant. On sentait qu’il avait le temps, que c’était lui qui commandait. Il voulait tout, embrasser et fumer, provoquer et séduire. La façon dont son écharpe épousait l’échancrure de sa chemise trahissait le contentement de soi, la désinvolture ostentatoire. Il était jeune. Il avait surtout cette façon d’être jeune que je n’enviais pas, mais qui me faisait mal, pourquoi ? La position de la fille était émouvante : son abandon à peine raidi, l’hésitation de son bras droit surtout, de sa main le long du corps. On pouvait la sentir à la fois tranquille et bouleversée, offerte et presque réticente. C’était elle qui créait le mystère de cet arrêt sur image. Lui, c’était comme s’il bougeait encore. Mais elle, on ne la connaissait pas. Il y avait son cou fragile, à découvert, et ses paupières closes – moins de plaisir que de consentement, moins de volupté que d’acquiescement… au bonheur, sans doute. Mais déjà le désir avait dans sa nuque renversée la crispation du destin ; déjà l’ombre penchée sur son visage recelait une menace. Je trichais, évidemment ; je mentais, puisque je les connaissais. Enfin, je croyais les connaître.

Avis :

Je crois que je commence à me lasser de Delerm. “Les amoureux de l’Hôtel de Ville” est le 14e livre  que je lis de l’auteur et j’ai de plus en plus cette impression de déjà vu. Le début est intéressant, Delerm présente une petite réflexion sur la photographie. J’avais déjà vu cette photo bien sûr mais je n’avais jamais pris le temps de la regarder de façon détaillée. Ensuite, si l’histoire est insolite (ces parents qui se prétendent être ces amoureux), le discours semble être le même que dans plusieurs de ses livres : le rapport au temps, à l’enfance, à l’innocence. Il faut lire Delerm, c’est vraiment une écriture que j’apprécie, mais j’avoue que dans toutes ses oeuvres, le sentiment de “déjà vu” se fait malheureusement de plus en plus sentir…

Note :

Philippe Delerm (1950) – Français
147 pages – 1993 – ISBN : 2-07-030227-X